Sur les « sentiers » d’Angel’s Landing à Zion

« Bon sang, je suis complètement folle, je ne vais jamais pouvoir redescendre »: voilà sans doute la phrase qui m’a le plus trotté dans la tête durant mon ascension de l’Angel’s Landing dans le parc de Zion. A égalité avec: « wahou, c’est vraiment magnifique ». Bon en vrai, mon langage était un peu plus fleuri. Mais j’ai préféré vous épargner ma collection de jurons 🙂

Mais tout ça pour vous dire que l’Angel’s Landing, c’est une randonnée pleine d’émotions fortes, et une expérience qui vous marquera à jamais. Un mélange d’adrénaline, car c’est une rando de dingue quand même, technique (dans le sens où il faut vraiment regarder où on met les pieds) et il faut bien le dire, parfois un peu flippante. Mais tout ça couplé à une bonne dose d’émerveillement, car les paysages sont d’une beauté vraiment hallucinante depuis ces hauteurs ! Et qu’au final,même si comme moi vous êtes un peu flippés de nature,  ça vaut quand même carrément la peine de se lancer !

 

 

Rendez-vous manqué

L’Angel’s Landing et moi, c’était une vieille histoire. Celle d’un premier rendez-vous manqué. J’étais déjà allée visiter Zion une première fois en 2008. Cette rando m’avait déjà tapé dans l’oeil. Mais face à la difficulté (à l’époque, mes expériences de randonnées se limitaient à l’Ile de France) et aux réticences de mes amis, j’avais finalement renoncé. Alors, quand nous avons décidé de repartir à Zion, je me suis dit: « cette fois, il faut que je fasse cette rando ! ». Quitte à la faire seule, car là encore mes camarades de voyage n’étaient pas très chaud pour me suivre.

Raison de cette appréhension: les derniers kilomètres de la randonnée se font à flanc de rocher. Et quand je dis « à flanc », ça veut dire accrochés à des chaines, sur un chemin qui n’en est pas vraiment un. Le tout entourés de vide. Bref, c’est un peu acrobatique, et on est plus prêt de l’escalade (ou de la varape) que de la randonnée à proprement parler.

 

Grimpette

A la fois décidés (pour ma part) et pas très rassurés, nous nous sommes lancés un matin d’octobre. En effet, l’avantage de l’Angel’s Landing, c’est que même si la fin de la rando vous fait peur, vous pouvez tout de même faire la moitié du chemin dans des conditions de sécurité optimale (c’est bétonné tout du long) pour prendre tout de même un peu de hauteur. Et profiter d’une jolie vue.

En gros, jusqu’au Scout Lookout, ça monte, mais c’est une rando somme toute assez classique. Petite particularité, une partie du chemin est composée de lacets successifs. C’est une route très jolie vue d’en haut. Mais que vos mollets risquent de moyennement apprécier. Surtout quand,  comme dans notre cas, le soleil bien que matinal tape déjà pas mal. Heureusement, très vite, nous arrivons à flanc de montagne et à l’ombre. S’en suit une petite partie plate et raffraichissante. Justement nommé « Refrigerator Canyon ». Mais suivie d’une nouvelle série de grimpettes en escaliers, qui fait vite remonter la température. On souffle pas mal quand même. Mais bon, les jolies vues, y’a pas de secret, ça se mérite !

 

 

Ira, ira pas ?

Nous finissons par arriver sur le plateau du Scout Lookout. Du haut des 300 mètres déjà parcourus, la vue est sympa, mais pour voir ce que je suis venue chercher, il va falloir grimper plus haut. Face à nous, se dresse un rocher escarpé. De loin, on peut apercevoir les randonneurs tentant de se frayer un passage, dans des positions plus ou moins assurées. C’est le moment de se décider. Ira ou ira pas ? Pour Damien, c’est réglé, avec son vertige, c’est juste pas envisageable. Quant à nos deux autres amis, les grimpettes à répétition depuis plusieurs jours ont eu raison de leur motivation. Reste moi. En voyant, la taille du rocher et le fait qu’il n’y a en fait vraiment pas de chemin, j’avoue j’hésite. Mais bon, quand même, ce serait dommage de louper encore la fameuse vue d’en haut. Mais en même temps, me lancer dans ça toute seule, ça me fait flipper. Bref, je ne suis pas loin de renoncer.

L’élément décisif sera finalement le fruit du hasard et d’une rencontre un peu providentielle. Lors de la dernière série d’escaliers, Damien et moi avions fait une partie du trajet en soufflant de concert avec un autre randonneur. Nous le retrouvons sur le plateau, prêt à se lancer dans l’ascension. Il nous explique qu’il a déjà fait la montée plusieurs fois, que c’est difficile mais loin d’être impossible, et que son amie n’est pas très chaude pour le suivre. Du coup, on lui demande si cela ne le dérange pas que je l’accompagne. Voilà une appréhension en moins. Du coup, c’est parti, on verra bien ce qui m’attend, je me lance.

 

 

Adrénaline et trou de mémoire

Avant de partir aux USA, j’étais allée regarder sur internet pour tenter de savoir ce qui m’attendait si je m’attaquais à l’Angel’s Landing, chercher des photos ou des récits de randonneurs sur la fameuse deuxième partie pour me rendre compte de la difficulté de la chose. Et je me souviens très bien avoir pesté devant la quasi-impossibilité de trouver un récit complet. On voyait bien le rocher, les chaines … puis après plus rien ! Pas très rassurant … Et voilà que maintenant, au moment de vous raconter tout ça à mon tour, je me rends compte que j’en suis tout aussi incapable. Du moins pas de manière linéaire et précise. Non je ne souffre pas d’un Alzheimer précoce. Mais la faute au fait que j’ai effectué cette dernière partie de rando totalement sous l’effet de l’adrénaline. Ultra-concentrée, un peu beaucoup stressée, totalement subjugée par les paysages. Bref, 100% dans l’instant.

Résultat: cette dernière partie m’a donné l’impression de passer comme un éclair, alors que je suis tout de même partie près d’une heure trente. Je me souviens avoir fait le trajet comme en apnée (alors que promis, j’ai respiré) et ne pas avoir l’impression que ça montait tant que ça (alors que pourtant, je vous assure, ça grimpe). Et aujourd’hui, il ne m’en reste que quelques moments marquants. Quelques flashs. Comme un rêve éveillé.

 

Flash 1: un début de rando comme sur un quai de métro bondé

L’une des choses qui m’a le plus marquée, c’est le début. La rando a beau être difficile, comme elle est aussi de plus en plus mythique, de plus en plus de gens décident de la faire. Et donc quand on arrive au pied du rocher, on a un peu l’impression de se retrouver sur un quai de métro parisien à l’heure de pointe. Des gens partout. Il faut litteralement faire la queue pour entamer l’ascension. Et attendre que ceux qui descendent passent. Car, et c’est la première surprise: il n’y a qu’un « chemin » et donc qu’une chaine pour tout le monde. Donc quand vous montez ou descendez, il arrive fréquemment que vous deviez vous mettre sur le coté pour laisser passer ceux qui arrivent dans l’autre sens. Et parfois, ça veut dire que vous vous retrouvez en équilibre plus ou moins stable sur un rocher au bord du vide. Heureusement, je n’ai pas le vertige !

 

 

Flash 2: ça glisse, non ?

Autre découverte qui cette fois va me poser plus de problème: le rocher est recouvert d’une fine pélicule de sable. Amenée sans doute par les chaussures de tous ces marcheurs. Résultat: le sol est un peu glissant. Pas de quoi m’effrayer pour la montée (il suffit de bien assurer ses appuis avant de pousser sur ses jambes), mais source d’un stress futur pour la descente. En effet, autant j’aime grimper, autant en descente, je ne suis jamais très rassurée. Surtout sur des sols avec peu d’adhérence. J’appelle ça, le « syndrome du chat coincé dans l’arbre ». Et j’en suis malheureusement régulièrement atteinte. Mais bon, là tant pis, on verra bien: j’attaque la première grimpette. Ou plutot l’escaladette.

Flash 3: accrochée à une chaine au dessus du vide

Car sur cette partie de l’Angel’s Landing, ne vous attendez pas à trouver un chemin groudronné comme savent parfois si bien le faire nos amis américains. De chemin, il n’y en pas, vous marchez sur la succession de rochers qui constituent la falaise. C’est donc penché, pas linéaire du tout, et surtout souvent très étroit. Avec bien sûr du vide tout autour. D’où les chaines. Je ne les ai quasiment pas lâchées de la montée (enfin sauf quand je croisais des gens encore plus stressés que moi qui descendaient, je leur laissais alors la chaine). La bonne nouvelle, c’est qu’elles tiennent bien ! La mauvaise, c’est qu’il m’a fallu à plusieurs reprises m’en servir pour avancer, car je n’avais qu’un appui instable pour mes pieds. Je me souviens notamment d’un passage où il fallait contourner la montagne sans avoir de quoi s’aider au niveau des jambes: il a donc fallu que je prenne de l’élan en me penchant en arrière sur la chaine, le vide en dessous de moi, pour partir sur le coté. Avec mes petits bras pas beaucoup musclés, la manoeuvre était un peu périlleuse.

 

 

Flash 4: quand il n’y en a plus il y en a encore …

Autre moment marquant: l’arrivée sur une surface plane après quelques dizaines de minutes d’ascension. Avec devant moi, un espèce de plateau. Je me souviens m’être dit, soulagée: oh bah ça va, ce n’était pas si dur. Je pensais naivement qu’après avoir gravi le premier rocher, c’etait fini, à moi la belle vue, et basta. Sauf qu’en fait, l’Angel’s Landing, c’est le double effet Kiss Cool: il n’y a pas un rocher à monter, mais deux, le deuxième ayant eu la bonne idée de se cacher derrière le premier, tant et si bien que depuis le Scout Lookout, on ne le voit pas ! Et entre les deux, une crète, avec cette fois, le vide chaque côté. Bref, je fais rapido quelques photos et rebelotte pour une deuxième grimpette.

 

Flash 5: des paysages de ouf

Car, c’est pas le tout de vous parler des difficultés du sentier, mais ce qui compte dans cette rando, c’est que vous verrez des paysages de dingues ! Dignes de celle qu’on peut voir avec un drone. Sauf que là, pas d’écran entre vous et eux. Sensations fortes et émerveillement garantis ! J’ai eu beau stresser, je ne me suis pas privée de les admirer tout au long du parcours.

 

 

Flash 5: stand-by

A l’entame de cette deuxième ascension, on se retrouve bloqués. Une nouvelle file d’attente s’est formée sans que l’on comprenne pourquoi. Immédiatement, je me dit que le passage qui arrive doit être particulièrement ardu. Aie ! Mais finalement, je découvre assez vite qu’en fait, on attend simplement qu’une dame, arrêtée au beau milieu de sa descente par une peur panique, se décide à repartir. Et comme, il n’y a qu’une seule « route » (enfin plutot qu’un seul amas de pierres), il faut patienter. Je me souviens m’être dit que j’allais surement être dans le même état lorsqu’à mon tour je redescendrai … On tente de l’encourager, de la rassurer, mais rien n’y fait. Elle ne peut plus avancer. Il va donc falloir la contourner, si on veut  avancer. Mon camarade de grimpette finit par se lancer. Je le suis. Nous voilà partis dans une espèce d’escalade du rocher. Sans chaine. Et sans aucune sécurité. Mais, inconscients que nous sommes, nous grimpons. Je ne regarde plus rien d’autre que mon Néerlandais (pour regarder par où il passe) et mes pieds (pour m’assurer que je ne suis pas en train de tomber dans le vide) pendant un petit moment. Quand soudain, on est en haut. C’est l’arrivée. Enfin j’espère …

 

Flash 6 : Tout là haut

Pour atteindre LA vue, il faut encore traverser un nouveau plateau. Avec le vide de chaque côté. Mais bon, ça reste tout de même assez large, pour n’être qu’un simple formalité. On finit par arriver devant le panorama. Epoustouflant comme on s’y attendait ! Vue à 360 degrés sur Zion, inoubliable !

 

 

Flash 7: La descente, quelle descente ?

C’était la partie que je redoutais le plus. Et c’est celle dont je me souviens le moins aujourd’hui. Je me rappelle avoir pris une grande inspiration avant d’entamer la redescente. Par le même chemin qu’à l’arrivée. Avec les risques d’embouteillages. Le sol un peu glissant par endroit. Le vide droit devant. Je me rappelle que ça m’a semblé beaucoup plus rapide qu’à la montée. Qu’il y avait beaucoup moins de monde soudain. Peut-être parce que c’était l’heure du déjeuner. Tant mieux en tout cas, pas besoin de jouer les apprentis équilibristes pour laisser passer les gens. Je me rappelle avoir pris des positions pas très orthodoxes, genre « tant pis, je descends cette partie sur les fesses, même si j’ai l’air ridicule ». Je me rappelle avoir de nouveau croisé la dame tétanisée de peur. Pas au même endroit, mais pas très avancée non plus par rapport à la première fois. Je me rappelle mon Néerlandais, aguerris à l’exercice, qui décide à un moment de quitter la chaine pour prendre une voie de traverse parce qu’il y a des gens qui arrivent en face. Et moi, qui le suit en me disant que je suis folle. Je me rappelle enfin le retour à Scout Lookout. Je me suis dit: finalement, c’était pas si dur ! Soulagée. Fière de moi. Heureuse . Et avec des flash d’images waouh et un peu dingues plein la tête.

 

 

Quelques conseils

  • partez avec une bonne paire de chaussures, avec des semelles bien adhérentes. Une partie du chemin est légèrement glissante à cause du sable, donc on oublie les tongs et les sandalettes

 

  • ne vous chargez pas trop. Déjà parce que ça grimpe déjà suffisamment pour ne pas en plus crouler sous le poids de votre sac. Et puis aussi, parce sur la dernière partie du chemin, l’espace pour se croiser est très étroit, donc avec un gros sac, vous serez un peu genés pour vous faufiler. Sans compter le fait que vous risquez de sérieusement embêter les personnes que vous allez devoir croiser: une dame lourdement chargée a failli me pousser dans le vide avec son gros sac dans le dos au moment où j’essayais de la laisser passer ! Moi,  je suis carrément partie sans sac à dos pour la fin (je l’ai laissé à Damien qui m’attendait au Scoot Lookout), juste mon ptit Lumix dans une poche. C’était franchement appréciable de pouvoir se mouvoir librement ! Et d’avoir les mains totalement libres. Pour se tenir solidement aux chaines ou prendre appui sur les rochers, c’est bien utile 😉

 

  • faites la rando plutôt le matin. Il y a beaucoup moins de monde et surtout, il fait beaucoup moins chaud. Dans le même ordre d’idée, n’oubliez pas la bouteille d’eau. Ou même plusieurs.

 

 

  • ne pas prendre cette rando trop à la légère. L’Angel’s Landing n’est peut-être pas aussi difficile que je me l’étais imaginé, mais ça reste tout de même une rando technique, réservée aux personnes qui ont une bonne condition physique (ça grimpe pas mal sur certaines portions) et qui n’ont pas le vertige (pour la partie après le Scout Lookout). Gardez bien en tête que plusieurs personnes ont trouvé la mort sur le chemin depuis 2004, dont un homme en mars dernier. Alors pas d’imprudence, et si vous ne le sentez pas, ce n’est pas grave, il y a plein d’autres belles choses à faire à Zion.

 

 

  • à l’inverse, ne vous en faites pas non plus toute une montagne. La rando est certes un peu acrobatique sur la fin, mais il n’y a pas non plus besoin d’un diplome du cirque Pinder ou d’être un pro de l’escalade pour s’y attaquer. S’il n’y avait pas ce problème pour se croiser (renforcé par la grande affluence sur le site), ça resterait tout à fait faisable pour la plupart des gens. A condition de ne pas souffrir du vertige 😉

 

 

L’Angel’s Landing, aspects pratiques :

comment y arriver ?

Depuis le Visitor Center, prendre le Shuttle gratuit (il est interdit de circuler en voiture dans Zion une bonne partie de l’année) jusqu’à l’arret « The Grotto ». Une fois là, traverser le pont qui surplombe la Virgin River et suivre les panneaux (c’est très bien indiqué, pas moyen de se perdre).

ça dure combien de temps ?

La rando complète aller-retour fait un peu plus de 8,5 km, pour un denivelé positif de 455 mètres. Nous, on a mis 4h22 pour faire la totalité. Hésitations, embouteillages et pauses photos comprises.

 

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