Grand Canyon – Rim to River to Rim

 

 

Niveau : Difficile

Distance : 28 km

Durée : 5h30

Dénivelé ➚ : 1 850 m

 

 

Le Grand Canyon, nous l’avions déjà visité en 2008. Bien entendu, 8 ans après, nous avions la même impatience de revoir ce paysage exceptionnel. Mais pour pimenter le Parc, nous devions trouver le « truc » en plus.

 

Il n’a pas fallu longtemps pour que la solution apparaissent d’elle-même : descendre jusqu’au Colorado et remonter dans la journée et ce sera en mode running pour Damien et randonnée pour Delphine.

 

Une fois l’idée adoptée, place à la préparation. Nous avons toujours en tête les avertissements des Visitor Centers et ceux aux départs des trails décourageant de faire cet aller retour dans la même journée. Nous nous souvenons aussi qu’il faisait une trentaine de degrès sur le plateau et qu’en bas, il était annoncé environ 40 !! Pas question donc de partir à l’aventure.

 

Au moins, on est avertis
Au moins, on est avertis

 

Nous avons facilement trouvé des blogs en anglais et en français de runners et de randonneurs ayant fait ce parcours dans la journée. Leurs conseils nous ont été précieux. Certains se sont même attaqués au fameux Rim to Rim to Rim, consistant à faire un aller retour entre les versants Nord et Sud du Grand Canyon … dans la même journée ! 80 km. Là, il faut avouer, on n’a pas le niveau pour ça !

 

Rim to rim to Rim : 80 km... Un jour peut-être
Rim to rim to Rim : 80 km… Un jour peut-être

 

Nous restons modestes : notre itinéraire commun fera environ 28 km. Nous descendrons par le South Kaibab Trail et franchirons le Colorado sur un pont suspendu. Nous rejoindrons le Bright Angel Campgroud en longeant le fleuve. Enfin, après avoir de nouveau traversé le Colorado sur un second pont, le Bright Angel Trail nous ramènera sur le plateau du South Rim.

 

28 km, c'est déjà pas mal
28 km, c’est déjà pas mal

 

La météo prévue nous est largement favorable : ciel largement ensoleillé et surtout seulement 20° maximum à Grand Canyon Village. 30° sont attendus en bas, mais nous serons déjà revenus (ou presque) à ce moment là !

 

Coté équipement, rien de bien compliqué : pour la séance de running, ce sera 3L de boisson énergétique, des barres de céréales et gels énergétiques, de la viande séchée, une veste, le tout dans un sac à dos.

 

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Tout est prêt

 

 

Le jour J arrive enfin, il était attendu avec impatience. Nous commencions à trépigner : la veille nous avons visité les points de vue le long du Canyon et chaque fois que nous apercevions le trail ou le Colorado tout au fond, nous nous imaginions sur ces chemins.

 

Le Trail et Indian Garden
Le Trail et Indian Garden

 

Pour la partie running, j’ai décidé de partir tôt, aux environs de 4h30 du matin, afin d’éviter de me retrouver coincé derrière le convoi de mules qui part 5h tous les jours pour ravitailler le Phantom Ranch au fond du Canyon. Le trail étant étroit, il est impossible de doubler les mules sauf sur les 3 replats du parcours.

Même si les températures sont clémentes, il est prévu 20° au petit matin dans le Canyon donc pas question de trainer en bas vers midi.

Enfin, j’ai tout simplement envie de voir le soleil illuminer progressivement les parois du Grand Canyon alors que je suis dans la descente.

 

 

Un peu avant 4h45, je me fais déposer en voiture à l’entrée de Yaki Point Road à moins d’1 km du départ du South Kaibab Trail. Durant le trajet, nous avons croisé plusieurs groupes d’élans sur le bord de la route. Il vaut mieux conduire prudemment en pleine nuit.

 

En parlant de pleine nuit, je me rends vite compte qu’on ne voit rien de rien. En ville, il ne fait jamais vraiment nuit, mais là, il n’y a pas une lumière de visible. C’est une bonne chose pour l’environnement et la consommation d’énergie, mais une moins bonne pour la course. Heureusement que j’ai ma lampe frontale.

 

Quand je dis qu'on ne voit rien ...
Quand je dis qu’on ne voit rien …

 

Malgré cet équipement, j’ai un peu de mal à me repérer et je manque de louper l’accès au South Kaibab Trail. Tourner en rond sur un parking, c’était pas prévu au programme ! 😦

 

Même avec la frontale, la descente n’est pas gagnée : le trail est composé de « marches » et pour courir, ce n’est pas l’idéal. Et pour compliquer la tache, le sol est abimé par le passage répété des mules qui ont creusé ces marches. C’est vraiment casse-gueule. Et en plus il fait nuit noire ! 😊

 

Au moins, je vois où je mets les pieds
Au moins, je vois où je mets les pieds

 

Je commence à me dire que c’était pas la meilleure idée de partir si tôt.

 

Au bout de 35 minutes j’arrive à Cedar Ridge. Je n’ai fait que 3,5 km et seulement 2,5 sur le Trail. Encore 7,5 pour arriver au Colorado. A ce rythme là …

 

La suite n’est pas mieux. Je ne sais pas si je l’ai dit, mais il fait nuit … 😔

 

Toujours nuit, toujours un chemin "pourri"
Toujours nuit, toujours un chemin « pourri »

 

… et l’état du trail ne s’améliore pas. Par prudence, j’opte pour la marche : pas envie de me gaméler ou même pire. Même si je ne vois pas grand chose, la frontale me suffit pour comprendre qu’il y a un ravin d’un coté, voire parfois des deux cotés.

 

Après 1 heure de « course », il est 5h45 et les premières lueurs du jour apparaissent. Je redouble de prudence car je passe de plus en plus de temps la tête en l’air pour profiter du spectacle.

 

Les premières lueurs de l'aube
Les premières lueurs de l’aube

 

J’arrive à Skeleton Point au bout d’1h15 et 6km de parcouru. Pas brillant, mais j’ai fait la moitié … de la descente.

 

South Kaibab Trail

 

Enfin le jour apparait !

Premier bon point, je vois bien mieux où je mets les pieds. Si le chemin est toujours technique, c’est tout de suite plus facile de courir.

Deuxième bon point, le paysage qui apparait progressivement est grandiose. Les falaises commencent à rougeoyer, la vue vers le fond du canyon se dégage… c’est tout simplement magnifique.

 

Le Grand Canyon dévoile progressivement sa beauté
Le Grand Canyon dévoile progressivement sa beauté

 

Je m’amuse à prendre le premier selfie d’une longue série.

 

South Kaibab Trail

 

Point « négatif » : je n’avance pas plus vite. Je ne cesse de m’arrêter pour prendre des photos. Tout à coup je ne regrette plus d’être parti si tôt et de me retrouver tout seul en plein milieu du Grand Canyon est un moment unique que je savoure.

 

Au détour d’une arrête, je vois apparaître le Colorado tout au fond du Canyon, suivi quelques virages plus loin du Kaibab Suspension Bridge. Allez hop, photos, selfies… Pas bon pour la moyenne tout ça, mais tellement agréable pour le moral !

 

Premier aperçu du Colorado
Premier aperçu du Colorado

 

South Kaibab Trail

 

Je poursuis la descente sur un terrain moins technique qui me permet de courir sans danger. Mais je m’arrête quasiment à chaque lacet pour prendre des photos.

 

Et au fond coule le Colorado
Et au fond coule le Colorado

 

Au bout de 30 minutes, j’arrive enfin au pont suspendu et je franchis le Colorado pour la première fois. Je trouve une petite « plage » d’où, il y a quelques minutes, sont partis des rafts pour affronter les fameux rapides du Colorado. Moi, je trempe juste la main dans l’eau glacée, et je reprends mon chemin.

 

Le pont approche
Le pont approche

 

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J’arrive très vite à l’intersection avec le Bright Angel Trail que je vais suivre sur les 16 derniers kilomètres puis au second pont pour un retour rive sud du Colorado.

 

Encore 16km
Encore 16km

 

Les deux ponts sont en métal, mais le second est ajouré et on peut voir le Colorado défiler sous nos pas. J’avais lu que ça pouvait être impressionnant avec une sensation de marcher dans le vide. Moi qui suis sujet au vertige, je n’ai pas eu la moindre hésitation sur ces deux traversées. C’est donc largement faisable !

 

Sur le pont, attention au vertige !
Sur le pont, attention au vertige ?

 

Pendant 2 kilomètres, je longe le Colorado qui s’écoule à quelques mètres en contrebas. Le parcours est globalement plat, donc je peux courir. C’est quand même magique de gambader le long du Colorado, sans personne autour et avec les parois du Grand Canyon qui s’illuminent progressivement.

 

Lever de soleil sur le Grand Canyon
Lever de soleil sur le Grand Canyon

 

Je profite de ces derniers moments de solitude car je vois au loin les premiers randonneurs qui ont entamé la remontée du South Rim au départ du Bright Angel Campground. Mais à 7h20 du matin, il n’y a quand même pas foule.

 

J’entame la remontée du South Rim en longeant Pipe Creek et Garden Creek, deux torrents quasiment à sec. Le mince filet d’eau rafraichit un peu l’air et c’est très agréable : malgré l’heure matinale, il doit faire environ 20° et il règne une sensation de chaleur dans le fond du Canyon. Toutefois, je me dis que lors d’épisodes orageux, il ne fait pas bon de trainer dans le coin avec ces deux cours d’eau qui ne demandent qu’à s’emballer.

 

Bright Angel Trail

 

Le parcours est très agréables grâce à la végétation qui a profité de l’eau apportée par les deux torrents. La montée est douce et jusqu’à Indian Garden, il n’est pas très difficile de courir. Néanmoins, j’en suis déjà à 20 km, et je commence à avoir les quadriceps qui chauffent. Courage, il ne reste que les 8 km, les plus difficiles !

 

A l'approche d'Indian Garden
A l’approche d’Indian Garden

 

L'arrivée c'est tout là-haut
L’arrivée c’est tout là-haut

 

Je croise Marc, un de nos compagnons de voyage, à Indian Garden. Il a décidé de descendre le Bright Angel Trail jusqu’au Colorado. Parti à 7h, il a fait un peu plus de la moitié de la descente.

Indian Garden est un oasis au milieu du Grand Canyon avec son point d’eau très apprécié des randonneurs. C’est presque un mirage au milieu de l’immensité rocheuse et semi-aride du Grand Canyon.

 

A la sortie d'Indian Garden, encore 8 km
A la sortie d’Indian Garden, encore 8 km

 

Très encourageant, Marc me prévient que je ne vais pas trop courir les prochains kilomètres. Ah bon ? « Oui, ça descend sec ! » Donc en conséquence, pour moi ça va monter sec !

Ce qui est vite confirmé. Après 500 mètres, je me remets à la marche, rapide certes, mais pas question de courir. Les marches ont refait leur apparition et effectivement, ça grimpe sec.

 

Cette partie du Bright Angel Trail est « calibrée ». Indian Garden est à 4,5 miles du sommet, il y a la Three Mile Resthouse et le One and a Half Mile Resthouse. Un point de repère tous les 1,5 mile jusqu’au sommet.

 

One-and-a-half Resthouse
One-and-a-half Resthouse

 

1km après Indian Garden, je croise Anne, notre deuxième camarade voyage, qui a choisi d’aller jusqu’Indian Garden et de remonter. Un petit selfie pour la route et la course reprend… enfin la marche.

 

Jusqu’au One and a Half Resthouse, je marche. Je commence à être fatigué physiquement et Marc m’avait prévenu, c’est de la belle grimpée. Surtout après 20 bornes.

 

En effet, ça grimpait bien !
En effet, ça grimpait bien !

 

Les derniers 2 km sont plus faciles, mais avec la fatigue, je ne cours pas vraiment. En plus à l’approche du sommet, je commence à doubler et croiser beaucoup de monde. Je croise même deux convois de mules : un de promeneurs et un autre guidé par des Rangers.

 

Bright Angel Trail
Quand le Trail traverse le Canyon !

 

Priorité aux mules
Priorité aux mules

 

Finalement, j’arrive au sommet du South Rim après pile 28 km de course… ou de plutôt course-marche, en 5h30. Rien de bien brillant niveau performance, mais il n’est qu’un peu plus de 10 heures du matin. La journée est à moi !!

 

A quelques encablures du sommet... le Grand Canyon est vraiment merveilleux
A quelques encablures du sommet… le Grand Canyon est vraiment merveilleux

 

Et voilà l'arrivée ... Youpi !
Et voilà l’arrivée … Youpi !

 

 

Un retour au lodge pour manger et une douche bien méritée et je reviens au départ du Bright Angel Trail pour attendre le reste de l’équipe. Marc et Anne arriveront ensemble vers 13h30, Delphine vers 15h30.

 

Quel que soit le parcours et le rythme de chacun, tout le monde a été enchanté de son expérience. Le Grand Canyon, c’est tout simplement grandiose.

 

 

Conseils pratiques :

 

Ce n’est pas un trail comme on a l’habitude. D’ordinaire, on part de la vallée ou d’un hameau, on grimpe vers un col ou un sommet et on récupère physiquement dans la descente du retour. Là, c’est le contraire : on descend d’abord et on remonte pour finir. Et terminer par 14 bornes de grimpette, c’est pas l’idéal côté récupération. Donc il vaut mieux être en forme !

 

Courir la nuit ne s’improvise pas. Même si ce n’était pas ma première fois, j’avais toujours couru à proximité de villes, donc avec des repères visuels. Et surtout jamais en montagne. Il faut vraiment être vigilant à chaque foulée et être entrainé à ce genre d’exercice.

 

Pensez à prendre de l’eau. Les boissons énergétiques, c’est bien, mais c’est toujours un peu sucré. Et quand on part pour plus de 5 heures, un moment, il faut se désaltérer. Et pour cela, rien de tel que l’eau.

 

Attention aux températures. Pour nous, la météo a été parfaite, mais que ce soit en marchant ou en courant ce n’est pas une simple balade. Nous avons terminé bien fatigués. En été, mieux vaut réfléchir à deux fois avant de s’engager dans l’aventure. Je ne peux que vous conseillez de partir encore plus tôt, mais surtout, d’être habitué à ce type d’effort !

 

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4 Commentaires sur "Grand Canyon – Rim to River to Rim"

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Stephanie
Invité

La vache quelle balade! Je suis admirative !

itinera magica
Invité

Quelle expérience de folie ! La partie dans la nuit m’aurait terrifiée. Bravo pour ce périple inspirant !

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